Deux pêcheurs sauvent un homme et gagnent le tournoi
Sur le lac Diamond, deux concurrents d'un tournoi de black-bass ont secouru un homme blessé dans son cabanon avant de s'imposer dans les vingt-cinq dernières minutes.
Un tournoi de black-bass peut se jouer sur un détail. Sur le lac Diamond, à Cassopolis, dans le Michigan, il s'est joué sur tout autre chose : un appel à l'aide entendu depuis l'eau, un homme au sol dans son cabanon, puis une fin de partie improbable.

Un départ à la dernière minute
Billy Mathews déteste attendre sur l’eau avant le départ d’une compétition. Le matin de l’épreuve du Southwest Michigan Anglers Club (SMAC) sur le lac Diamond, il et son partenaire Kris Iodice se sont donc présentés en retard, comme souvent. Ils ont payé leur engagement, mis le bateau à l’eau et décollé moins de dix minutes plus tard avec une vingtaine d’autres embarcations.
Le SMAC est un circuit local de seize manches régulières, essentiellement dans le sud-ouest du Michigan. Mathews, lui, pêche plus de quarante tournois chaque été sur plusieurs circuits, entre sorties en semaine, week-ends et classiques. Diamond est le lac le plus proche de chez lui, et il le connaît bien : un plan d’eau profond et clair, aux rives sablonneuses bordées d’herbes et de nombreux pontons, très fréquenté par les bateaux de plaisance dès que le temps se réchauffe. Selon lui, il n’en faut pas beaucoup pour y gagner : dix à douze livres suffisent le plus souvent.
Mathews et Iodice avaient remporté la manche précédente sur ce même lac et abordaient celle-ci avec confiance. Leur plan : pêcher toute la journée en moins de cinq pieds d’eau. Mathews n’a même pas allumé son sondeur de la journée.
Un début de pêche laborieux
Les deux hommes ont commencé par lancer des jigs finesse autour des pontons et des touffes d’herbes. Quelques poissons ont été gardés, mais les touches restaient rares. Après avoir parcouru leurs postes principaux, ils n’avaient que cinq petits black-bass dans le vivier. À quelques heures de la fin, ils ont tenté une série de pontons qu’ils n’avaient pas pêchée depuis plus de cinq ans, en se disant qu’il faut parfois revérifier des zones, car les choses changent.
Au bout de trente minutes sans touche, Mathews voulait partir. Iodice a insisté pour rester. Un quart d’heure plus tard, Mathews a reposé la question, et son partenaire a de nouveau voulu continuer. Habitués à suivre l’instinct de l’autre en compétition, ils sont restés.
Une voix venue du cabanon
C’est à ce moment qu’ils ont entendu une voix faible. Ils ont regardé autour d’eux, puis l’un vers l’autre, sans parvenir à en situer l’origine. La voix s’est fait entendre une deuxième fois. Ils s’apprêtaient à descendre la rive quand elle a retenti une troisième fois. Mathews a alors distingué une question du genre : « Y a-t-il des pêcheurs par là ? » Ils ont répondu par l’affirmative.
Un homme âgé avait chuté à l’intérieur de son cabanon. Il s’était luxé la hanche et ne pouvait plus bouger. Son téléphone se trouvait à environ trois mètres, hors de portée. Les deux pêcheurs ont amarré le bateau et sauté à terre. Ils ont relevé l’homme, nommé Terry, et l’ont installé dans un fauteuil. Terry leur a indiqué qu’il avait des personnes à appeler une fois son téléphone en main ; il leur a demandé de le lui tendre et de retourner pêcher. « Vous allez gagner le tournoi maintenant », leur a-t-il dit.
À cet instant, le vivier de Mathews et Iodice contenait environ neuf livres. Ils ont encore pêché une poignée de pontons sur cette rive sans y prendre un poisson utile, puis sont partis. Pour Mathews, ils avaient accompli ce qu’ils devaient faire dans ce secteur.
Deux gros poissons dans les vingt-cinq dernières minutes
L’après-midi n’a apporté que de petits poissons, sans amélioration du poids. Puis, à vingt-cinq minutes de la fin, tout a basculé. Mathews a fait glisser son jig sous un ponton et l’a animé de deux petits coups. Il a senti une touche nette et a ferré. Le poisson s’est battu avec force et a tenté de s’enrouler autour des poteaux du ponton, mais il a réussi à le dégager et à le guider dans l’épuisette. Le black-bass pesait un peu plus de quatre livres — un poisson considérable sur ce lac, selon lui.
Environ quinze minutes plus tard, Mathews a pris un autre poisson d’environ trois livres. Pendant qu’il l’installait dans le vivier et triait un poisson de 1,5 livre, Iodice a ferré un dernier black-bass proche des trois livres. Tout s’est enchaîné très vite, résume Mathews, qui y voit avec le recul une sorte de signe.
Ces remplacements tardifs ont porté le total de l’équipe à 13,69 livres, soit une victoire d’environ une livre. Ils ont manqué le prix du plus gros poisson de seulement 0,05 livre, malgré un spécimen de 4,2 livres. La majeure partie du travail a été faite avec un jig finesse monté à la main, que l’on voit sur la photo aux côtés des gains de l’équipe.
Ce qu’il faut retenir
L’histoire tient en deux moments : un homme blessé secouru parce que deux pêcheurs ont accepté de rester sur une zone que l’un d’eux voulait déjà quitter, et une victoire arrachée dans les vingt-cinq dernières minutes avec deux poissons de poids. Les faits rapportés ne permettent pas de dire que le sauvetage a causé la victoire ; ils montrent seulement que les deux équipiers ont insisté sur un secteur, entendu un appel, porté assistance, puis repris leur journée pour finir au bon moment. Mathews a tenu à saluer Terry et s’est dit content d’avoir pu lui venir en aide.
Pour un compétiteur, la leçon pratique est simple à formuler, sans la surinterpréter : garder l’oreille attentive à ce qui se passe hors du bateau, même en pleine manche, et ne pas abandonner trop vite une zone quand un partenaire insiste. Le reste, sur ce coup-là, ne s’explique pas.